DuckDuckGo propose le Do Not Track Act, un projet de loi qui obligerait les sites
à ne pas pister les internautes qui utilisent Do Not Track

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S’il fallait reconnaître l’une des caractéristiques des grandes régies publicitaires, c’est qu’elles se servent de plus en plus d’outils invasifs pour diffuser de la publicité ciblée. Un site ou une application unique peut contenir des dizaines de trackers, créant ainsi un profil détaillé de qui vous êtes et de ce que vous faites en ligne. Après Cambridge Analytica et d'innombrables autres scandales liés à la protection des données, le danger de l’utilisation à mauvais escient de ces profils a trouvé son illustration.

Face à tout cela, Gabriel Weinberg, PDG de DuckDuckGo, a préparé une nouvelle campagne visant à faire revivre la norme Do Not Track, un système de confidentialité mis en place pour la première fois il y a 10 ans et largement abandonné par le secteur depuis lors. Weinberg a élaboré un projet de loi intitulé The Do-Not-Track Act of 2019, qui vise à donner à cette norme la force juridique qu’elle n’a jamais eue auparavant. Selon lui, c’est le moyen le plus simple de résoudre le problème de la publicité en ligne.

« Do Not Track est une chose que vous pouvez faire et qui va vous permettre de ne pas être pisté », a avancé Weinberg. « Tout ce qui reste à faire est de lui donner des dents réglementaires ».

Weinberg voudrait donner à Do Not Track une portée juridique

Il s’agit là d’un combat de longue haleine. En effet, Weinberg n’a pas encore obtenu la signature des législateurs et des projets de loi comme celui-ci ont été bloqués au Congrès à plusieurs reprises auparavant. En tant que PDG d'un moteur de recherche respectueux de la vie privée, Weinberg a un intérêt évident à perturber l'écosystème de suivi en ligne. Mais son objectif principal dans le déploiement du projet de loi est de faire renaître l’intérêt pour une norme de confidentialité qui a été abandonnée par la plupart. Bien entendu, vous pouvez toujours configurer la plupart des navigateurs modernes sur Do Not Track, mais nombreux sont les sites Web qui ignorent ce paramètre, sans aucune idée précise de la façon de le suivre. Cependant, même si le signal a peu de valeur pratique, les recherches de Weinberg suggèrent qu’un internaute sur quatre l’envoie encore en configurant leurs navigateurs sur Do Not Track.

Pour Weinberg, c’est là que le gouvernement interviendrait. Son projet de loi instaurerait des règles strictes sur la manière de traiter les utilisateurs qui se servent de ce paramètre de désinscription au pistage, ainsi que des sanctions claires pour les sites et les réseaux de publicité qui ne respectent pas les règles. « Il faut que le gouvernement établisse ce que signifie réellement l'abandon du pistage », a martelé Weinberg.


En vertu de cette proposition de loi, tout pistage par une tierce partie serait désactivé par défaut pour tout utilisateur envoyant le signal DNT. Le suivi par une partie prenante serait également limité à « ce à quoi l'utilisateur s’attend », afin de limiter les abus provenant de services tels que Facebook, suffisamment grands pour constituer un réseau à part entière. Il y aurait également des exceptions intégrées pour les fonctions de gestion de réseau et de recherche, visant à minimiser les perturbations des nouvelles mesures.

Comment internet en est-il arrivé là ?

Si la proposition de Weinberg aboutissait, il s’agirait probablement d’une renaissance inattendue pour le standard Do Not Track. Introduit pour la première fois en 2009, l’idée de Do Not Track est simple : si vous ne souhaitez pas être suivi par des annonces en ligne, vous devriez pouvoir le dire et les sites Web doivent respecter cette préférence. Inspirée de la liste de numéros de téléphone exclus pour les télévendeurs, cette idée a rapidement été réduite à un contrat entre navigateurs et sites Web. Lorsqu'ils contactent un serveur Web pour charger un site, les navigateurs incluent désormais un extrait de code si l'utilisateur a choisi de ne pas être pisté. Si un site Web voyait ce code dans votre demande, il n’obtiendrait pas d’informations de suivi. C'était aussi simple que ça.

Le système tout entier était censé être volontaire, les utilisateurs, les navigateurs, les sites et les annonceurs optant tous pour la norme à leurs propres conditions. C'était un moyen de dissiper les effets néfastes du suivi sur le Web sans perdre autant d'argent en publicité. Comme pour la plupart des paramètres de confidentialité, il était supposé que peu de personnes activeraient la fonction Do Not Track et avoir cette option disponible rendait le système tout entier moins envahissant.

Vers 2012, tout s'est effondré. Il est difficile de trouver une raison précise, mais le point de rupture était le moment où Internet Explorer a décidé d'activer par défaut la fonction Do Not Track, ce que les réseaux publicitaires considéraient comme une violation de l'accord. Très vite, les sites modifiaient les règles DNT pour ignorer explicitement toutes les demandes effectuées par Internet Explorer, le système entier était fragmenté et les sites obtenaient un laissez-passer gratuit pour l'ignorer. Une série de requêtes Do Not Track ont été bloquées en 2011 et 2012 et la plupart des groupes de protection de la vie privée sont passés à autre chose.


Le moteur de recherche avait déjà tiré la sonnette d’alarme

Dans un billet de blog publié en février, DuckDuckGo a expliqué que « le paramètre “Do Not Track” ne vous empêche pas d’être pisté » :

« La plupart des navigateurs ont un paramètre "Do not Track" (DNT) qui envoie "un signal spécial aux sites Web, sociétés d'analyse, réseaux publicitaires, fournisseurs de plug-ins et autres services Web rencontrés lors de la navigation, pour arrêter le suivi de votre activité". Ça sonne bien, non ? Malheureusement, ce n’est pas efficace. En effet, ce paramètre Do Not Track n’est qu’un signal volontaire envoyé aux sites Web, qu’ils ne sont pas tenus de respecter.

« Néanmoins, une grande partie des utilisateurs de nombreux navigateurs utilisent le paramètre Do Not Track. Bien que DNT soit désactivé par défaut dans la plupart des principaux navigateurs Web, lors d'une enquête menée auprès de 503 adultes américains en novembre 2018, 23,1% (± 3,7) des répondants ont consciemment activé les paramètres DNT sur leurs navigateurs de bureau. (Remarque: Apple est en train de supprimer le paramètre DNT de Safari.)

« Nous avons également examiné l'utilisation de DNT sur DuckDuckGo (sur les navigateurs de bureau et mobiles), en constatant que 24,4% des demandes DuckDuckGo au cours d'une journée provenaient de navigateurs avec le paramètre Do Not Track activé. Cela correspond à la marge d'erreur de l'enquête, ce qui confère plus de crédibilité à ses résultats.

« Malheureusement, des dizaines de millions d’Américains (et beaucoup d’autres dans le monde) qui activent DNT ne savent pas qu’il n’envoie qu’un signal volontaire. Parmi les répondants qui ont entendu parler du paramètre Do Not Track et qui le connaissent “au moins un peu", 44,4% (± 7,3) d'entre eux n'étaient pas au courant de sa véritable nature volontaire. Même parmi ceux qui ont consciemment activé DNT dans leur navigateur, 41,4% (± 8,9) ne savaient pas qu'il n'envoyait qu'un signal volontaire ».


Cambridge Analytica, la série de scandales qui a ouvert les yeux sur le profilage des internautes ?

Mais après Cambridge Analytica et d’innombrables scandales liés aux données, Weinberg pense que la voie est plus claire qu’elle ne l’a été depuis des années. Le sénateur Ron Wyden (D-OR) a inclus un libellé similaire dans un projet de loi sur la protection de la vie privée en novembre, montrant que certains législateurs sont toujours intéressés par la norme. Alors que les règles plus ambitieuses en matière de protection de la vie privée s'essoufflent au Congrès, Weinberg pense que Do Not Track pourrait être un apéritif pour une législation plus ambitieuse de type RGPD aux États-Unis plus tard.

« C’est une option plus simple que nous pourrions adopter aujourd’hui, explique-t-il, et qui n’empêchera pas un projet de loi plus strict sur la protection de la vie privée ».

Tout le monde n'en est pas convaincu. La plupart des groupes impliqués dans la campagne initiale de Do Not Track ont opté pour d'autres projets, ne laissant aucune coalition claire pour reprendre le flambeau. Pam Dixon, directrice du World Privacy Forum, qui a été l'un des cerveaux de la norme initiale, estime désormais que l'accent mis sur les protections basées sur un navigateur est trop étroit. « Je pense qu'au lieu de faire pression sur Do Not Track, il est préférable de se concentrer maintenant sur la manière de mettre en place un processus pour une méthodologie de fixation de normes de protection de la vie privée juste, équitable et viable », déclare Dixon. « DNT pourrait être l'un de ceux-là, ainsi que des centaines d'autres, espérons-le ».

Cependant, Weinberg veut être sûr que ce nouvel élan derrière la vie privée ne sera pas perdu. « Il y a, pour la première fois cette année, une idée réelle que quelque chose pourrait être fait parce que la volonté du peuple est là », a avancé Weinberg. « Tout découle de la volonté du peuple, donc plus il y a de gens qui en parlent à leurs sénateurs et membres du Congrès, mieux c'est ».

Sources : blog DuckDuckGo, projet de loi DuckDuckGo (au format PDF), Philly

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Que pensez-vous de cette initiative ?
La France gagnerait-elle à s'en inspirer ou le RGPD apporte-t-il déjà cette garantie ?

Voir aussi :

DuckDuckGo utilise maintenant Apple Maps pour alimenter les résultats de la recherche privée
DuckDuckGo accusé de faire du profilage des utilisateurs malgré sa promesse d'être l'anti-Google, le moteur assure qu'il n'en est rien
Google cède et transfère Duck.com à DuckDuckGo afin de dissiper la confusion des utilisateurs, même si les détails de cette entente ne sont pas connus
Google influencerait considérablement les résultats des recherches même lorsque vous êtes déconnectés ou en mode privé, selon une étude de DuckDuckGo

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Avatar de Kulvar
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 02/05/2019 à 11:07
Moi j'aimerais avoir le choix de "personnaliser" ou non ce qui m'est montré au delà de la seule publicité.
Ça peut être pénible sur YouTube par exemple de se voir proposer les 10 mêmes vidéos en suggestions tous les jours juste parce qu'une fois j'ai oublié une musique en mode "lire en boucle" pendant que j'allais faire des courses.
Ou que l'algorithme YouTube ne propose que des vidéos que j'ai déjà regarder ou du même genre et rien de nouveau.

Ce serait bien de ne pas être enfermé dans ce que l'algorithme décide et avoir le choix de se voir proposer des trucs qui pourraient ne pas nous plaire.
Avatar de Bill Fassinou
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 21/05/2019 à 2:40
Un sénateur US propose des règles strictes de Do Not Track dans un nouveau projet de loi,
« les gens en ont assez des violations de la vie privée », dit-il

Avec le volume sans cesse croissant du Big Data au cours de ces dernières années, la publicité en ligne et notamment sur les réseaux sociaux, s’est développée aujourd’hui plus que jamais et est devenue de plus en plus ciblée. En quelques années seulement, la publicité sur les réseaux sociaux semble s’être imposée chez les marketeurs comme pour occuper une place de plus en plus importante dans la part des budgets des annonceurs. Cependant, alors que les questions liées à la vie privée et à la confidentialité sur Internet deviennent des plus inquiétantes, les actions contre la collecte de données massives sur ces différentes plateformes commencent à rencontrer des résistances de toute part.

La collecte de données massives sur les personnes dans le but de faire de la publicité sur les réseaux sociaux et d’autres plateformes rencontre de plus en plus de résistance. Facebook, l’un des plus grands du marché de la publicité, aux côtés de Google et Amazon est enclin depuis un moment maintenant à des appels à son démantèlement. Les appelants dénoncent des violations sans cesse de la vie privée des utilisateurs par la société.

Dans le même temps, Elizabeth Warren, la candidate démocrate à la présidentielle américaine de 2020 aurait comme plan de démanteler Facebook, Google et Amazon pour promouvoir la concurrence le secteur technologique. « Nous avons ces géants de la technologie qui pensent régner sur la terre », avait-elle déclaré à une foule d'environ 300 personnes à Long Island City, dans l'arrondissement du Queens en mars dernier. « Je ne veux pas d'un gouvernement qui est là pour travailler pour les géants de la technologie. Je veux un gouvernement qui travaille pour le peuple. », a rapporté le média Reuters.


Cette semaine, selon ce que rapporte Bloomberg, c’est un sénateur républicain qui veut s’attaquer à la collecte de données massives par les GAFAM, alors que le Congrès discute actuellement des mesures de protection de la vie privée qui pourraient permettre aux consommateurs de se retirer du service de collecte de données. Bloomberg a écrit que Josh Hawley, un sénateur républicain envisage de proposer un projet de loi qui permettrait aux consommateurs d'empêcher tous les sites Web de collecter des données inutiles, une mesure susceptible de nuire aux activités de publicité basée sur les données de Google, Alphabet Inc., Facebook Inc., etc. Selon ce qu’il propose, la loi prévoit un paramètre dans les navigateurs qui, lorsqu’il est activé, permettra à l’utilisateur d’exclure toute collecte de données « au-delà de ce qui est indispensable aux entreprises en ligne ».

Une fonction pareille existerait déjà dans les navigateurs, mais ne fonctionne pas comme elle devrait. D’après les propos du sénateur rapportés par Bloomberg, les navigateurs permettent depuis longtemps aux utilisateurs d’envoyer des signaux « Ne pas suivre », mais cette fonctionnalité n’est qu’une requête et est rarement remplie. La mesure interdirait également aux entreprises de profiler les utilisateurs qui activent la fonctionnalité. La collecte de données contribue à dynamiser l'économie numérique sur laquelle de nombreux consommateurs s'appuient, des services de localisation aux sites de médias sociaux.

En cas d’inobservation de la requête de l’utilisateur de ne pas être suivi ou en cas de violation de son refus de ne pas partager ses données personnelles, la loi prévoit des sanctions très strictes. Le projet de loi imposerait aux entreprises une amende de 1 000 dollars par personne et par jour pour des infractions délibérées ou téméraires, avec un minimum de 100 000 dollars, selon un porte-parole de la recrue du Missouri, l'un des critiques conservateurs les plus virulents de Big Tech. Le sénateur Josh Hawley envisage de présenter le texte intégral mardi, a déclaré le porte-parole.

Si cette loi venait à passer, cela pourrait nuire véritablement à l’activité publicitaire de géants de la haute technologie. Facebook et Google se placent comme les premiers du marché et selon Bloomberg, les ventes publicitaires de l’année dernière, seulement aux États-Unis, ont atteint un record de 208 milliards de dollars, dont plus de la moitié en ligne, selon le chercheur Magna. Avec sa proposition de loi, Josh Hawley entend élargir également la protection de la vie privée en ligne pour les jeunes avec des propositions visant à mettre fin aux achats de jeux vidéo comparés aux jeux d'argent et à bloquer l'acquisition de technologies américaines sensibles par la Chine.

Il appelle également à des « changements radicaux » pour Facebook et rejoint le sénateur Ed Markey, un démocrate du Massachusetts, pour demander une enquête de la Federal Trade Commission sur les appareils d'Amazon. Avant lui, rappelle Bloomberg, Ron Wyden, un autre sénateur démocrate avait présenté en novembre dernier un projet de loi pouvant imposer une peine de prison aux dirigeants de sociétés qui ne protègent pas correctement les données personnelles des Américains. Cette proposition avait également inclus une clause selon laquelle l’implémentation et le bon fonctionnement de la fonctionnalité « Ne pas suivre » sont obligatoires.

Rappelons qu'en mars dernier, Gabriel Weinberg, le PDG de DuckDuckGo, a préparé une campagne visant à faire revivre la norme Do Not Track, un système de confidentialité mis en place pour la première fois il y a 10 ans et largement abandonné par le secteur depuis lors. Weinberg a élaboré un projet de loi intitulé The Do-Not-Track Act of 2019, qui vise à donner à cette norme la force juridique qu’elle n’a jamais eue auparavant. Selon lui, c’est le moyen le plus simple de résoudre le problème de la publicité en ligne. « Do Not Track est une chose que vous pouvez faire et qui va vous permettre de ne pas être pisté », a avancé Weinberg. « Tout ce qui reste à faire est de lui donner des dents réglementaires ».

Source : Bloomberg

Et vous ?

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Voir aussi

Google ajoute Do Not Track à Chrome, la fonction de protection de la vie privée ne sera pas activée par défaut

Do-Not-Track : l'industrie publicitaire tente de vider le projet de sa substance le W3C refuse en bloc ses propositions

DuckDuckGo propose le Do Not Track Act, un projet de loi qui obligerait les sites à ne pas pister les internautes qui utilisent Do Not Track
Avatar de Stéphane le calme
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 27/05/2019 à 12:35
Do Not Track Act ambitionne de donner plus de pouvoir aux utilisateurs,
en rendant le système Do Not Track légalement contraignant

S’il fallait reconnaître l’une des caractéristiques des grandes régies publicitaires, c’est qu’elles se servent de plus en plus d’outils invasifs pour diffuser de la publicité ciblée. Un site ou une application unique peut contenir des dizaines de trackers, créant ainsi un profil détaillé de qui vous êtes et de ce que vous faites en ligne. Après Cambridge Analytica et d'innombrables autres scandales liés à la protection des données, le danger de l’utilisation à mauvais escient de ces profils a trouvé son illustration.

Face à tout cela, Gabriel Weinberg, PDG de DuckDuckGo, a préparé une nouvelle campagne visant à faire revivre la norme Do Not Track, un système de confidentialité mis en place pour la première fois il y a 10 ans et largement abandonné par le secteur depuis lors. Weinberg a élaboré un projet de loi intitulé The Do-Not-Track Act of 2019, qui vise à donner à cette norme la force juridique qu’elle n’a jamais eue auparavant. Selon lui, c’est le moyen le plus simple de résoudre le problème de la publicité en ligne.

« Do Not Track est une chose que vous pouvez faire et qui va vous permettre de ne pas être pisté », a avancé Weinberg. « Tout ce qui reste à faire est de lui donner des dents réglementaires ».

Do Not Track Act

Suite à cette impulsion, à Washington, certains élus s’emploient à mettre en place un système Do Not Track légalement contraignant, qui fournirait un mécanisme activable en un clic permettant aux personnes de ne pas être pistées de façon persistante sur le Web par des annonceurs et des plateformes de médias sociaux.

Le Do Not Track Act est un projet de loi qui a été présenté par le sénateur Josh Hawley (R-Mo.), qui ressemble à la structure du registre Do Not Call. Il établirait une méthode pour que les consommateurs envoient aux entreprises en ligne un signal qui les empêcherait de collecter toute information au-delà de ce qui est nécessaire pour fournir leurs services. Le projet de loi empêcherait également les entreprises de créer des profils des personnes qui activent le mécanisme DNT ou de procéder à des discriminations dans les fournitures de services si ceux-ci décident d’utiliser cette option.


Le projet de loi de Hawley fait de la Federal Trade Commission le responsable de la mise en œuvre du système et toute personne qui enfreint la mesure serait passible d’une amende de 50 USD par utilisateur touché par une infraction pour chaque jour où celle-ci se poursuit.

« Les grandes entreprises de technologie collectent des quantités incroyables de données personnelles profondément personnelles, sans donner aux utilisateurs la possibilité de donner leur consentement de manière significative. Elles sont devenues incroyablement riches en employant des tactiques de surveillance effrayantes auprès de leurs utilisateurs, mais trop souvent, l'étendue de cette extraction de données n'est connue qu'après qu'une société de technologie a traité ces données de manière irresponsable et les ait divulguées sur Internet », a déclaré Hawley.

« Les Américains n'ont pas adhéré à cela, alors je présente ce projet de loi pour enfin leur donner le contrôle de leurs informations personnelles en ligne ».

En pratique, le système Do Not Track proposé par Hawley impliquerait une application ou une extension téléchargeable, puis « enverrait le signal DNT à chaque site Web, service ou application en ligne auquel l'appareil se connecte chaque fois que l'appareil se connecte à ce site Web, ce service ou cette application; et autorise l'utilisateur de l'appareil connecté à désigner des sites Web, des services ou des applications auxquels ce signal ne doit pas être envoyé, mais n'exempte aucun site Web, service ou application de recevoir un tel signal s'il n'est pas désigné de la sorte ».

Un projet de loi qui voudrait rétablir une norme

Do Not Track Act est une tentative de rectifier ce qui est devenu une épidémie de suivi en ligne et de création de profil. Les annonceurs, les exploitants de sites Web et les plateformes de médias sociaux investissent tous beaucoup dans la surveillance des activités des utilisateurs sur le Web, le pistage des lieux et du moment où ils interagissent avec d'autres sites et contenus. Ce pistage permet aux sites de créer des profils de visiteurs et d’intérêts, ainsi que de faire davantage d’annonces ciblées. Ces méthodes et techniques de suivi sont complètement opaques pour la plupart des gens, et les mécanismes existants de désinscription ou d’empêchement du suivi vont de l’inutile à l’efficace, mais peuvent également affecter considérablement l’expérience de navigation des internautes.

Introduit pour la première fois en 2009, l’idée de Do Not Track est simple : si vous ne souhaitez pas être suivi par des annonces en ligne, vous devriez pouvoir le dire et les sites Web doivent respecter cette préférence. Inspirée de la liste de numéros de téléphone exclus pour les télévendeurs, cette idée a rapidement été réduite à un contrat entre navigateurs et sites Web. Lorsqu'ils contactent un serveur Web pour charger un site, les navigateurs incluent désormais un extrait de code si l'utilisateur a choisi de ne pas être pisté. Si un site Web voyait ce code dans votre demande, il n’obtiendrait pas d’informations de suivi. C'était aussi simple que ça.

Le système tout entier était censé être volontaire, les utilisateurs, les navigateurs, les sites et les annonceurs optant tous pour la norme à leurs propres conditions. C'était un moyen de dissiper les effets néfastes du suivi sur le Web sans perdre autant d'argent en publicité. Comme pour la plupart des paramètres de confidentialité, il était supposé que peu de personnes activeraient la fonction Do Not Track et avoir cette option disponible rendait le système tout entier moins envahissant.


Vers 2012, tout s'est effondré. Il est difficile de trouver une raison précise, mais le point de rupture était le moment où Internet Explorer a décidé d'activer par défaut la fonction Do Not Track, ce que les réseaux publicitaires considéraient comme une violation de l'accord. Très vite, les sites modifiaient les règles DNT pour ignorer explicitement toutes les demandes effectuées par Internet Explorer, le système entier était fragmenté et les sites obtenaient un laissez-passer gratuit pour l'ignorer. Une série de requêtes Do Not Track ont été bloquées en 2011 et 2012 et la plupart des groupes de protection de la vie privée sont passés à autre chose.

DuckDuckGo avait déjà tiré la sonnette d’alarme

Dans un billet de blog publié en février, DuckDuckGo a expliqué que « le paramètre “Do Not Track” ne vous empêche pas d’être pisté » :

« La plupart des navigateurs ont un paramètre "Do not Track" (DNT) qui envoie "un signal spécial aux sites Web, sociétés d'analyse, réseaux publicitaires, fournisseurs de plug-ins et autres services Web rencontrés lors de la navigation, pour arrêter le suivi de votre activité". Ça sonne bien, non ? Malheureusement, ce n’est pas efficace. En effet, ce paramètre Do Not Track n’est qu’un signal volontaire envoyé aux sites Web, qu’ils ne sont pas tenus de respecter.

« Néanmoins, une grande partie des utilisateurs de nombreux navigateurs utilisent le paramètre Do Not Track. Bien que DNT soit désactivé par défaut dans la plupart des principaux navigateurs Web, lors d'une enquête menée auprès de 503 adultes américains en novembre 2018, 23,1% (± 3,7) des répondants ont consciemment activé les paramètres DNT sur leurs navigateurs de bureau. (Remarque: Apple est en train de supprimer le paramètre DNT de Safari.)

« Nous avons également examiné l'utilisation de DNT sur DuckDuckGo (sur les navigateurs de bureau et mobiles), en constatant que 24,4% des demandes DuckDuckGo au cours d'une journée provenaient de navigateurs avec le paramètre Do Not Track activé. Cela correspond à la marge d'erreur de l'enquête, ce qui confère plus de crédibilité à ses résultats.

« Malheureusement, des dizaines de millions d’Américains (et beaucoup d’autres dans le monde) qui activent DNT ne savent pas qu’il n’envoie qu’un signal volontaire. Parmi les répondants qui ont entendu parler du paramètre Do Not Track et qui le connaissent “au moins un peu", 44,4% (± 7,3) d'entre eux n'étaient pas au courant de sa véritable nature volontaire. Même parmi ceux qui ont consciemment activé DNT dans leur navigateur, 41,4% (± 8,9) ne savaient pas qu'il n'envoyait qu'un signal volontaire ».


La FTC proposée comme autorité de contrôle

Le projet de loi de Hawley cherche à remédier à cette situation en établissant la FTC en tant qu’autorité de contrôle et en prévoyant des sanctions pécuniaires pour les infractions. Lors d'une audition du comité judiciaire du Sénat, Hawley a déclaré que le projet de loi était nécessaire pour permettre aux consommateurs de contrôler les données qu'ils partagent et de déterminer s'ils sont suivis.

« Google et Facebook font quelque chose de différent sur ce marché. Ils n’utilisent pas de modèles publicitaires traditionnels. Ils nous suivent tous les jours. [Le projet de loi] dit simplement qu'un consommateur peut faire un choix ponctuel de ne pas être suivi. Je pense que nous devrions le rendre obligatoire, lui donner force de loi, donner un choix réel aux consommateurs et contraindre les entreprises à se conformer. Cela met la balle est le tribunal du consommateur », a déclaré Hawley.

Source : Duo

Et vous ?

Que pensez-vous de ce projet de loi ?
La France gagnerait-elle à s'en inspirer ou le RGPD apporte-t-il déjà cette garantie ?
Que pensez-vous de l'idée de placer la FTC comme autorité de contrôle ? Avec la polémique soulevée autour de la neutralité du net, cet organisme vous semble-t-il le plus indiqué pour pouvoir assurer cette fonction ?
Avatar de Aiekick
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 27/05/2019 à 13:31
c'est en hommage a la france ce graphique ?
Avatar de Kulvar
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 27/05/2019 à 15:14
Idéalement, il faudrait regrouper DNT et RGPD dans un module normé dans les navigateurs.
Ce module pourrait être adapté en fonction du pays.
Un peu comme le robots.txt ou le sitemap.xml, un fichier standardisé à la racine informerait des différents suivis.
Pour les services externes, ce fichier aurait une simple URL vers le fichier standardisé du service externe pour simplifier.
Vous utiliser uniquement Google Analytics ? Le fichier en question ferait à peine une ligne.
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