Google donne les raisons de la limitation des bloqueurs de publicités dans Chrome
Qui seraient liées à la confidentialité des données

Le , par Bill Fassinou

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Le bras de fer continue entre Google et les développeurs d’extensions sur les modifications introduites dans le système d’extension du navigateur Chrome, le document envoyé dernièrement à la SEC par l’Alphabet, la maison mère de Google, contient des lignes qui expliquent que les bloqueurs de publicités actuels et d’autres outils de la même famille pouvaient avoir des incidences négatives sur les activités publicitaires de Google. « Les technologies nouvelles et existantes pourraient affecter notre capacité à personnaliser les annonces ou pourraient bloquer des annonces en ligne, ce qui nuirait à notre activité. Des technologies ont été développées pour rendre plus difficiles les annonces personnalisables ou pour bloquer complètement l'affichage d'annonces », lit-on dans le formulaire de l’Alphabet.

Selon l’Alphabet, certains fournisseurs de services en ligne disposent de technologies intégrées susceptibles de compromettre les fonctionnalités essentielles de la publicité numérique tierce. Il explique clairement dans le document que la plupart des revenus de Google proviennent des frais qui ont été versés pour l'affichage d'annonces en ligne. Par conséquent, ces technologies et outils pourraient avoir une incidence défavorable sur ses résultats. On comprend aisément donc que Google ne fera pas marche arrière dans sa décision et que l’entreprise reste ferme sur les modifications apportées au blocage de publicités dans le navigateur Chrome. Comme alternative, Google a annoncé qu’il fournira en lieu et de l’API webRequest, l’API declarativeNetRequest.

Néanmoins, retenons que la firme laisse une marge de manœuvre aux entreprises. Google dit essentiellement que Chrome aura toujours la capacité de bloquer le contenu indésirable, mais que cela sera limité aux seuls utilisateurs professionnels de Chrome qui sont payés. Cela permettra probablement aux entreprises de développer des extensions Chrome internes, mais pas pour bloquer les publicités. Mais la décision frustre plus d’un et particulièrement ceux qui conçoivent ces bloqueurs. Raymond Hill, principal développeur de uBlock Origin, par exemple, condamne cette décision de la firme de Mountain View.

D’après ce dernier, le passage à l’API declarativeNetRequest signifierait probablement la mort de ces extensions utilisées à minima par 10 millions d’internautes. « Si cette API déclarativeNetRequest (assez limitée) finit par être le seul moyen pour les bloqueurs de contenu d'accomplir leur tâche, cela signifie essentiellement que deux bloqueurs de contenu que j'ai maintenus pendant des années, uBlock Origin et uMatrix ne peuvent plus exister », avait-il commenté. Pour lui, Google veut éviter à tout prix que ses activités liées à la publicité soient perturbées et, ce, jusqu’au point de rendre les bloqueurs d’annonces inefficaces dans son navigateur Chrome.

Après les nombreuses déclarations de Google sur cette affaire, c’est au tour des développeurs de Google Chrome de monter au créneau. Chris Palmer, l’un des ingénieurs en sécurité des logiciels Google Chrome, s'est exprimé sur Twitter cette semaine pour affirmer que le déménagement vers la nouvelle API visait à améliorer l'expérience de navigation des utilisateurs finaux, bien que les utilisateurs professionnels rémunérés seraient exemptés des modifications. Il n’est pas le seul à être apparu pour soutenir la décision de Google d’interdire l'utilisation de l’API webRequest pour bloquer une demande particulière avant son chargement.


L’ingénieur en chef de la sécurité du navigateur Chrome, Justin Schuh, s’est également prononcé sur le sujet qui divise. Il a déclaré que les changements résultaient de préoccupations liées à la confidentialité et à la sécurité. « La seule motivation ici est de corriger les principales lacunes du système actuel en matière de confidentialité et de sécurité. Je sais, parce que je me suis fixé cet objectif et que l'équipe rend compte par moi », a-t-il déclaré sur son compte Twitter. Pour lui donc, les bloqueurs de publicités actuels possèdent des failles de sécurité qui sont liées à des vulnérabilités présentes dans l’API webRequest exploitée par ces derniers.

En parlant des extensions de Raymond Hill et en particulier de uBlock Origin, il a expliqué que « le gros problème de webRequest est la confidentialité et les failles de sécurité qui ne peuvent être résolues. Ils (les développeurs de uBlock Origin) ont ignoré cela uniquement pour argumenter la performance, mais ont ensuite ignoré le coût en performances de chaque extension webRequest empilant un processus de rendu complet, etc. ». Cependant ces différentes déclarations des ingénieurs de Google Chrome ne semblent pas convaincre les développeurs et encore moins Raymond Hill qui revient à la charge.

Il a déclaré que si l’amélioration de l’expérience utilisateur était le but principal de Google, les changements qu’il a apportés ne gêneraient pas les extensions existantes. « Les pages Web se chargent lentement à cause du volume excessif, pas à cause de la capacité de blocage de l’API webRequest, du moins pour les extensions bien conçues », a déclaré Hill. Il poursuit en disant que la motivation de Google n'avait ici que peu à voir avec l'expérience de l'utilisateur final et bien plus à protéger les revenus publicitaires de la popularité croissante des extensions adblock.

« Pour que Google Chrome puisse atteindre sa base d'utilisateurs actuelle, il devait prendre en charge les bloqueurs de contenu. Ce sont les extensions les plus populaires de tous les navigateurs », a-t-il déclaré. Selon ces dires, la stratégie de Google a consisté à trouver le point optimal entre les deux objectifs de développement de la base d'utilisateurs de Google Chrome et d'empêcher les bloqueurs de contenu de nuire à son activité publicitaire. Hill a affirmé que la capacité de blocage de l'API webRequest a amené Google à donner un certain contrôle sur le blocage aux développeurs tiers.

D’après lui, maintenant que la part de marché de Chrome est plus grande, la société est mieux placée pour déplacer le point optimal entre les deux objectifs, ce qui profite à l'activité principale de Google, les annonces. Il n’est pas le seul cependant. D’autres également ne sont pas du tout convaincus que Google dit vrai en affirmant qu’il recherche la sécurité et la confidentialité pour ses utilisateurs. Ils notent que les changements pourraient également nuire à l'efficacité de certaines extensions du contrôle parental, de la confidentialité et de la sécurité, ce qui n’illustre en rien le but poursuivi par Google dans le Manifest V3.

« C'est une très mauvaise décision de la part de Google », a déclaré Justin Brookman, directeur de la politique en matière de protection de la vie privée chez Consumer Reports. Il a attiré l’attention de la communauté sur le fait que des millions d'utilisateurs s'appuient sur des extensions telles que uBlock, Disconnect et Ghostery pour limiter le suivi et bloquer le code malveillant provenant de serveurs tiers et que le fait d'inciter ces extensions à utiliser une API différente avec des fonctionnalités moins importantes les affaiblirait.

« Il est difficile d'échapper à la suspicion selon laquelle cela est principalement motivé par le désir de protéger les activités de tracking et les revenus publicitaires de tiers, Google étant le leader écrasant du marché. Le déménagement va notamment isoler AdBlockPlus, le plus important bloqueur de publicité, que Google paie pour la mise en liste blanche de ses annonces et de son comportement de suivi », a-t-il déclaré. D’autres organismes affirment également que Google Chrome est le navigateur Web qui néglige le plus les technologies de blocage de suivi.

Dans un billet en date de novembre 2018, la Electronic Frontier Foundation (EFF) a affirmé que la technologie de blocage du suivi des annonces de Chrome est à la traîne par rapport aux autres navigateurs, car Google, dont la part de marché de la publicité en ligne avoisine les 37 %, ne veut pas entraver la rentabilité des annonces ciblées par le comportement basées sur le suivi. L’extension Privacy Badger de l'EFF est l'un des outils de blocage des publicités qui seraient touchés, et son équipe de développement s'est également prononcée contre les modifications.

Dans un courrier électronique, un porte-parole de l'EFF a déclaré que la décision de Google étoufferait l'innovation des développeurs dans l'espace des navigateurs et entraverait la sécurité et la confidentialité des utilisateurs. D’après l’organisation, l'affirmation de Google selon laquelle les nouvelles limitations du Manifest V3 sont nécessaires pour améliorer les performances va à l'encontre de l'état de l'internet. « Aujourd'hui, les sites regorgent de trackers qui consomment des données et ralentissent l'expérience utilisateur. Les bloqueurs de suivi ont amélioré les performances et l'expérience utilisateur de nombreux sites et l'expérience utilisateur. Pourquoi ne pas laisser les développeurs indépendants innover là où l'équipe Chrome a échoué ? », contient le courrier de l’EFF.

Cela dit, Google n’a fait ressentir à l’heure actuelle aucune envie de renoncer à ces modifications qui sont annoncées. Dans l’immédiat, Google répond aux critiques en affirmant qu’il poursuit une meilleure expérience pour ses utilisateurs. Cependant, ce que la firme oublie peut-être est que derrière, Mozilla FireFox pourrait monter en force pour récupérer la part de marché que Google pourrait perdre. Celui-ci a d’ailleurs annoncé en février dernier, une augmentation de sa part de marché pour la deuxième fois consécutives en deux mois. Google ne devrait-il pas remettre en cause sa décision pour ne pas voir ses utilisateurs fuir vers la concurrence ?

Sources : Justin Schuh, EFF

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Voir aussi

Google prend la décision de limiter l'utilisation des bloqueurs de publicités seulement aux entreprises pour son navigateur Google Chrome

Navigateur Chromium : Google propose des changements qui pourraient désactiver uBlock Origin, l'extension dédiée au blocage de publicités

La part de marché de Firefox augmente pour la deuxième fois consécutive en 2 mois. Le navigateur libre pourrait-il survivre auprès de Chrome ?

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Avatar de tomlev
Rédacteur/Modérateur https://www.developpez.com
Le 02/06/2019 à 0:37
En tous cas c'est une très bonne nouvelle pour Firefox, qui va sûrement regagner des parts de marché... Hors de question d'utiliser Chrome si je ne peux pas installer de bloqueur de publicité
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Avatar de Pyramidev
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 03/06/2019 à 1:34
Citation Envoyé par Madmac Voir le message
En tous cas sous Linux, Firefox est très instable et crash au moins une fois par jour.
Depuis quelques mois, j'utilise régulièrement Ubuntu avec Firefox toujours ouvert et je n'ai pas encore constaté de crash.
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Avatar de Neckara
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 03/06/2019 à 1:54
Citation Envoyé par Pyramidev Voir le message
Depuis quelques mois, j'utilise régulièrement Ubuntu avec Firefox toujours ouvert et je n'ai pas encore constaté de crash.
Personnellement j'ai quelques crashs, mais cela est principalement dû au fait que j'ouvre 30-40 onglets vidéos et que je n'ai plus assez de mémoire vive.
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Avatar de viper1094
Membre éclairé https://www.developpez.com
Le 10/07/2019 à 23:18
Si justement x). La publicité est le seul truc que google assume comme génération de revenu ( revente de nos données ? Nooon), et ils osent s'y attaquer. Incroyable x).
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Avatar de blbird
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 02/06/2019 à 21:53
Citation Envoyé par Mister Nono Voir le message
J'ai adopté Opéra qui est beaucoup plus rapide que Firefox. Il a toutes les fonctionnalités que j'utilisais sur Firefox : bloqueur de publicité, console de débogage...

Je n'utilise plus Firefox que j'aime bien mais qui devient vraiment trop lent au fil du temps.

A+
Moi qui ait toujours utilisé Firefox, à un moment j'ai faillit le quitter pour les problèmes de lenteur. Mais depuis 1 ou 2 ans, et un certain patch dont je ne me souviens plus le nom, il est beaucoup plus rapide : plus aucun soucis avec ca. Juste son débogueur qui est vraiment moins bon que la concurrence...
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Avatar de Steinvikel
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 03/06/2019 à 21:05
Sur Windows j'ai connue des crash réguliers (presque quotidiens) lors de sessions avec beaucoup d'onglets avant les versions 55 (oui, ça remonte). Un firefox qui gardait constamment tout en mémoire, même ce qui était non visionné depuis l'ouverture (un onglet pas visité, un page pas scrollé...), un comportement qui a aujourd'hui changé !
j'ai pu constater Quelques changement majeures de stabilité de FF sous Windows, mais pas suffisamment utilisé sous linux pour le critiquer, si ce n'est que je n'ai connu aucuns crash (aujourd'hui compris), contrairement à Windows où c'était même quotidien à une époque.

Je suppose que comme souvent, les déconvenues dépendent du contexte.
Moi j'étais sous une Debian classique avec les paquets classique, assez peu de customisation, et également sous Raspian, même genre de config. Je suis actuellement toujours sur Debian (et Windows), à travers GNOME (un peu serré sur Rpi je dois bien l'avouer). ^^'
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Avatar de dragonofmercy
Membre à l'essai https://www.developpez.com
Le 11/07/2019 à 7:19
Je vois souvent les personnes critiquer Google AdSense dans les commentaires, les publicités de Google n'ont jamais été envahissantes, je n'ai jamais eut de modal ou de vidéo avec son venant de la part de Google, c'est les autres services de publicité qui posent problème, de plus la majeur partie du temps ce sont des agences de publicité gratuite comme il y avais à l'époque avec "click.net" qui te permettait d'avoir un petit revenu en mettant leurs javascript dans vos pages, un bon exemple est le site hitek.fr qui abuse de ça !

Je parle bien de page web dans mon commentaire, je ne parle pas des vidéo sur YouTube où l'a c'est un autre domaine.
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Avatar de viper1094
Membre éclairé https://www.developpez.com
Le 11/07/2019 à 15:49
Totalement d'accord. Les pubs Google sont franchement ok.
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Avatar de Madmac
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 03/06/2019 à 0:43
En tous cas sous Linux, Firefox est très instable et crash au moins une fois par jour. Opéra demande un temp d'adaptation,( les icônes ne sont pas toujours de bons substitut aux mots), mais je le trouve supérieur à Firefox. Car en plus le bloqueur fait partie de l'installation de base.
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Avatar de David Evan
Membre régulier https://www.developpez.com
Le 10/07/2019 à 7:56
Même si le fait que Google, qui "use" (voir abuse ?) de sa position sur le marché des navigateur pour imposer des règles en bannissant les publicité qu'il juge non conforme, me gène un peu, il faut avouer qu'il est grand temps de s'attaquer au problème de la publicité en ligne, et encore plus sur mobile.

Qui n'a jamais eu de site web pénible qui empêche une navigation fluide à cause d'un popup ou d'une publicité "fullscreen" ?

J'utilise depuis des années des bloqueurs de publicité, mais j'étais jusque la embêter, car il me fallait choisir entre conserver mon google chrome mobile, qui n'en intègre pas, ou choisir un meilleur navigateur, mais en perdant ma synchronisation ...

J'ai hâte de tester !
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