
En lançant son slogan « C’est gratuit et ça le restera toujours », Facebook a indiqué son modèle commercial : des utilisateurs qui profitent de ses services en échange de leurs informations personnelles qui vont être « l'énergie » alimentant la publicité ciblée. Plébiscité par les annonceurs, des grandes marques aux petits commerces, Meta est rapidement devenue l'un des acteurs dominants du secteur, gagnant des dizaines de milliards de dollars chaque année.
Cependant, ces dernières années notamment avec Covid-19, Mark Zuckerberg a vite compris qu'il fallait miser sur autre chose que les revenus publicitaires. C'est dans cette optique (entre autres, puisqu'il fallait faire un petit tour de prestidigitation face à une presse qui évoquait des scandales successifs relatifs aux données des utilisateurs qui ont attiré l'attention des régulateurs) que Mark Zuckerberg a opté pour un changement de nom. Facebook est devenu Meta pour indiquer la volonté de se concentrer sur ce secteur que le patron de Facebook rêve porteur. « Notre marque était trop liée à un seul de nos services et ne reflétait pas tout ce que nous faisons », a expliqué le PDG du groupe. « Ce nouveau nom marque notre nouvel objectif : aider à donner vie au métavers. »
Très vite, des milliards sont investis, un son retentit dans toute l'Europe, promettant des embauches à foison.
Le projet, en développement dans le département Facebook Reality Labs (qui s'occupe des technologies de réalité augmentée, virtuelle et mixte), comptait alors 10 000 salariés aux États-Unis. Facebook a annoncé à cette période le recrutement dans les cinq prochaines années de 10 000 ingénieurs et développeurs supplémentaires en Europe. Un projet pour lequel Facebook a réservé 10 milliards de dollars rien que pour 2021, une addition qui s'annonçait donc plus salée les années à venir.
Mark Zuckerberg veut y croire, tentant tant bien que mal de multiplier les interviews, les annonces.
Toutefois, jusqu'à présent en tout cas, nous sommes toujours bien loin de voir la réalisation des ambitions de Mark Zuckerberg : Meta reste toujours une société qui tire l'essentiel de ses revenus de la publicité (et pas du métavers donc). De plus, Meta le métavers est un véritable gouffre financier.
Reality Labs a généré 727 millions de dollars au quatrième trimestre et 2,16 milliards de dollars de revenus pour l'ensemble de 2022 (une baisse par rapport aux 2,27 milliards de dollars en 2021) y compris les ventes de casques Quest. En d'autres termes, la division a perdu plus de six fois le montant d'argent qu'elle a généré en revenus l'année dernière, tout en représentant moins de 2% des ventes totales de Meta.
Les analystes s'attendaient à ce que Reality Labs enregistre une perte d'exploitation trimestrielle de 4,36 milliards de dollars sur des revenus de 715,1 millions de dollars, selon StreetAccount.
Comme pour ne pas arranger les choses, une mise à jour d'iOS est venue indiquer à Facebook qu'il était temps d'appuyer sur l'accélérateur pour générer des revenus autre part.
Lors de la conférence WWDC 2020, Apple a annoncé qu’avec la sortie d’iOS 14, l’IDFA serait désormais une fonctionnalité exclusivement opt-in et que les utilisateurs devraient donner leur consentement explicite à la fois à l’annonceur et aux apps de destination pour les autoriser à « les suivre sur Internet ». IDFA est l’acronyme anglais de « IDentifier For Advertisers » (en français, identifiant de publicité), il s’agit d’une série de lettres et de chiffres unique à chaque appareil iOS, par exemple, EA7583CD-A667-48BC-B806-42ECB2B48606. L’IDFA est la norme adoptée par Apple permettant aux réseaux publicitaires mobiles de suivre des utilisateurs et de leur diffuser des publicités ciblées. Il en va de même pour les applications publicitaires, leurs partenaires publicitaires et leurs partenaires d’attribution.
Avec la mise à jour de son système d'exploitation, notamment iOS 14, Apple allait apporter aux utilisateurs des paramètres de confidentialité pour réduire le ciblage publicitaire : il était prévu que chaque application qui souhaite faire usage de ces identifiants demande aux utilisateurs d'opter pour le suivi lors du premier lancement de l'application.
Selon Facebook, l’une des solutions qui seraient les plus durement touchées par l’approche d’Apple est son outil publicitaire Audience Network. Ce dernier permet aux annonceurs d'étendre leurs campagnes Facebook et Instagram à l'ensemble d'Internet au travers de milliers d'applications de haute qualité. Ce réseau d'audience de l’entreprise aide les développeurs de logiciels pour les plates-formes mobiles à fournir des publicités in-app ciblées aux utilisateurs en fonction des données de Facebook. Facebook prétend qu’il ne serait plus d’aucune utilité si l’iOS 14 voyait le jour ainsi.
« Les mises à jour prévues par Apple rendraient Audience Network tellement inefficace sur iOS 14 qu'il ne serait pas logique de le proposer sur iOS 14 », a déclaré Facebook. Le groupe a estimé que plus d'un milliard de personnes regardent au moins une publicité du réseau d'audience chaque mois, bien que beaucoup d'entre elles utilisent probablement des téléphones Android et ne seraient pas touchées par ce changement. Ainsi, la société craignait que les utilisateurs n'optent pas pour le suivi lorsqu'ils en ont le choix.
Face aux plaintes des enseignes technologiques, Apple a retardé la sortie de la fonctionnalité qui n'a été déployée que depuis iOS 14.5, publié en avril 2021. Cette version a donc bénéficié de l’App Tracking Transparency. En deux semaines, 96 % des utilisateurs d'iPhone aux États-Unis ont refusé le suivi des applications, selon la société d'analyse d'applications Flurry.
Début 2022, lors d'un appel avec les investisseurs pour commenter les résultats trimestriels de l'entreprise et évoquer les projections, Sheryl Sandberg, qui était alors la directrice de l'exploitation de la société, a déclaré :
« Tout d'abord, les publicités. Comme d'autres dans notre industrie, nous avons été confrontés à des vents contraires à la suite des changements iOS d'Apple. Comme nous l'avons décrit au dernier trimestre, Apple a créé deux défis pour les annonceurs. Le premier est que la précision du ciblage de nos annonces a diminué, ce qui a augmenté le coût des résultats. L'autre est que la mesure de ces résultats est devenue plus difficile ».
Les impacts des mesures de confidentialité d'Apple représenteront des défis plus importants pour les activités de Facebook au cours du prochain trimestre, selon le directeur financier de Facebook, David Wehner. « Et nous pensons que l'impact global d'iOS en tant que vent contraire sur notre entreprise en 2022 est de l'ordre de 10 milliards de dollars, c'est donc un vent contraire assez important pour notre entreprise », a déclaré Wehner.
Eurêka ! Merci Twitter et Elon Musk
Puis vient Elon Musk et son rachat de Twitter. Comme beaucoup d'autres entreprises, Meta n'a pas manqué d'observer l'évolution de la société sous la direction d'Elon Musk. L'une de ces décisions pour renflouer les caisses a inspiré Mark Zuckerberg : des comptes payants. Le PDG de Meta a cependant choisi une approche différente qui tiendrait par exemple les entreprises loin de la possibilité d'en disposer (pour le moment en tout cas).
Dimanche 19 février, il a annoncé Meta Verified :

En clair, Meta a débuté les tests de son système d'abonnement payant pour authentifier son compte sur ses applications Instagram et Facebook pour 14,99 $ par mois et 11,99 $ sur leurs déclinaisons Web. Dans une mise à jour sur Instagram, le PDG Mark Zuckerberg a annoncé qu'un compte "Meta Verified" accordera aux utilisateurs un badge vérifié, une visibilité accrue sur les plates-formes, un support client prioritaire, et plus encore. La fonctionnalité est déployée en Australie et en Nouvelle-Zélande cette semaine et arrivera « bientôt » dans d'autres pays.
« L’idée est d’améliorer l’authenticité (des profils et donc des échanges) et la sécurité sur nos services », a précisé Mark Zuckerberg dans un message diffusé sur sa chaîne Instagram et sur son compte Facebook. Sur Facebook et Instagram, les abonnés auront un badge qui montre que leur identité a été vérifiée, ainsi que des protections pour leur compte (notamment contre l’usurpation d’identité), l’accès au service client, et plus de visibilité, d’après un porte-parole de Meta.
Pour vous inscrire pour devenir Meta Verified, vous devrez répondre aux exigences minimales d'activité, être âgé d'au moins 18 ans et soumettre une pièce d'identité gouvernementale correspondant au nom et à la photo que vous avez sur Facebook ou Instagram. La nouvelle offre ressemble beaucoup à la version à 8 $ par mois de Twitter Blue d'Elon Musk, mais Meta note qu'elle n'apportera aucune modification aux comptes qui ont été vérifiés en utilisant les exigences précédentes de l'entreprise, y compris la notoriété et l'authenticité.
De plus, les utilisateurs qui s'inscrivent au service recevront des autocollants exclusifs pour les Stories et les Réels, et recevront également 100 étoiles gratuites...
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