Le problème courant auquel de nombreuses familles sont confrontées est la gestion des actifs numériques après le décès d'un proche. Lorsque Paul décède soudainement, sa femme Rebecca se retrouve dans un cauchemar : accéder à ses nombreux comptes en ligne. Sans testament ni accès au téléphone de Paul, elle est privée de photos, de documents et de comptes financiers essentiels. Cette histoire tragique reflète un problème de plus en plus courant : la gestion des actifs numériques après le décès d'un proche. Avec chaque personne possédant en moyenne une centaine de comptes en ligne, la planification de l'héritage numérique devient cruciale. Des services comme Everplans offrent des solutions pour organiser les informations et les souhaits posthumes, tandis que les gestionnaires de mots de passe facilitent l'accès aux comptes pour les proches désignés. Apple et Google proposent également des options pour désigner des contacts d'héritage et accéder aux appareils et aux données après le décès. En fin de compte, préparer son héritage numérique devient aussi important que la rédaction d'un testament traditionnel.
Des plateformes en ligne telles que Google, Facebook, LinkedIn et Instagram ont déjà envisagé des solutions à cet égard. Par exemple, Google explore la possibilité de permettre aux utilisateurs de transférer leurs données à un contact de confiance après une période d'inactivité de leur choix. Cependant, la plupart des autres plateformes imposent des procédures plus complexes aux proches du défunt, rendant souvent difficile la suppression de comptes inactifs en l'absence d'instructions ou de mots de passe préalablement confiés par le défunt.
Dans une période de deuil déjà difficile, trouver comment accéder à ses comptes, les maintenir ou les fermer peut aller de la difficulté personnelle à la nécessité financière. Bien que la planification de l'héritage numérique puisse alléger ce fardeau, les experts estiment que trop peu de personnes tirent parti de ces outils. « Il avait un code d'accès à quatre chiffres et j'ai littéralement essayé tout ce que je pouvais », a déclaré Bistany, qui vit à Long Island, dans l'État de New York. « J'ai gardé une liste de ce que j'ai essayé parce que plus vous vous trompez, plus longtemps vous serez bloqué. Je l'ai fait tellement de fois que je ne peux même plus essayer ».
Bien qu'elle ait contacté Apple, AT&T et même la police pour demander de l'aide afin de déverrouiller le téléphone, les entreprises n'autorisent pas les membres de la famille à y accéder, à moins que le propriétaire ne les désigne comme contact privilégié. Malgré tout, elle garde son numéro de téléphone actif, paie un forfait mensuel et espère pouvoir un jour accéder non seulement à ses comptes financiers, mais aussi à des années de photos et de vidéos de leur vie commune.
Même pour les personnes qui peuvent accéder aux comptes de leurs proches, le processus peut être décourageant. Laura Orrico, une veuve de Chicago, raconte qu'elle a dû faire appel à un informaticien pour l'aider à passer en revue tout ce qui se trouvait sur l'ordinateur de son défunt mari. « J'avais le cerveau d'une veuve », dit-elle. Je n'arrivais même pas à ranger un tiroir et encore moins à comprendre son ordinateur. Les experts recommandent aux personnes de tous âges d'élaborer un plan d'héritage numérique, qu'il s'agisse de mettre les mots de passe en un seul endroit ou de décider de ce qu'il adviendra de votre présence sur les médias sociaux.
La France face à la mort numérique : entre identité et transmission
De manière générale, le patrimoine englobe tous les biens et obligations d'une personne, tant actifs que passifs, considérés comme une entité juridique, un ensemble comprenant non seulement ses biens actuels, mais également ceux à venir. Cependant, la notion de patrimoine « numérique » du défunt est plus complexe à définir. Actuellement, il n'existe pas de définition légale ou jurisprudentielle claire et précise du patrimoine numérique. Il peut être assimilé à l'ensemble des données personnelles générées pendant notre vie via les réseaux sociaux, les courriels, les plateformes de streaming, les sites de vente en ligne, etc., ainsi que les biens numériques possédés tels que les cryptomonnaies, les logiciels, les photos, les vidéos, etc. Ces éléments constituent notre identité numérique, bien que cette dernière se concentre davantage sur la manière dont une personne est représentée et identifiée en ligne, tandis que le patrimoine numérique englobe l'ensemble de ces biens et données numériques de manière plus large.
Dans sa Charte pour la conservation du patrimoine numérique du 17 octobre 2003, l'UNESCO définit le patrimoine numérique comme des matériaux informatiques de valeur durable devant être préservés pour les générations futures. Cette définition met en lumière l'importance croissante des données constituant notre patrimoine numérique, ainsi que leur valeur transmissible aux héritiers. Par exemple, les NFT (tokens non fongibles) générés par le défunt pendant sa vie peuvent avoir une valeur significative, notamment financière, ce qui souligne l'importance d'anticiper leur transmission et leur partage parmi les héritiers.
Le Règlement Européen sur la protection des données ne couvre pas les données des individus décédés, laissant cette question à la discrétion de la législation nationale de chaque État membre. Les données des personnes décédées posent un enjeu significatif, compte tenu de la masse croissante de données que nous générons tout au long de notre vie, allant des formalités administratives dématérialisées aux profils sur les réseaux sociaux et aux achats en ligne. La plupart des individus ne prennent pas en compte la...
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