L’approche de Cloudflare en matière de sécurité et de gestion du trafic web soulève des préoccupations croissantes parmi les utilisateurs des navigateurs moins populaires. En cherchant à identifier et bloquer les bots ainsi que les menaces potentielles, Cloudflare adopte des méthodes de détection qui semblent pénaliser des navigateurs moins connus, les rendant inutilisables sur un grand nombre de sites protégés par son infrastructure. Ce phénomène, loin d’être isolé, persiste depuis des années malgré les signalements récurrents. Si certains défendent Cloudflare en raison des services essentiels qu’il fournit à moindre coût, d’autres pointent du doigt son manque de réactivité face aux erreurs de filtrage et l’absence de solutions accessibles aux utilisateurs finaux.Cloudflare est l'une des douzaines d'entreprises qui assurent discrètement le fonctionnement d'Internet, en aidant 36 millions de pages Web par seconde à atteindre les internautes comme prévu. La dépendance croissante des sites web à cette plateforme exacerbe le problème, limitant la diversité des navigateurs et renforçant une centralisation du contrôle sur l’accès à Internet. Ces décisions techniques, qui semblent parfois arbitraires, posent alors une question plus large : Cloudflare contribue-t-il réellement à un Internet plus sûr ou façonne-t-il, volontairement ou non, un web de plus en plus fermé et contrôlé ?
Cloudflare ne se limite pas à offrir des caches locaux rapides pour optimiser le chargement des sites web à fort trafic ; il met également en place des mesures de sécurité visant à bloquer les réseaux de robots et les attaques DDoS en filtrant les activités jugées suspectes. Parmi ces dernières figurent notamment les machines intégrées à des botnets et exécutant des scripts automatisés. L’une des méthodes utilisées pour les identifier repose sur l’analyse de l’agent utilisateur du navigateur : si celui-ci ne correspond pas à un navigateur largement reconnu, il est automatiquement bloqué. Ce processus devient problématique lorsque la liste des navigateurs considérés comme légitimes se limite à quelques grands noms, principalement Chrome et Firefox dans leurs versions les plus récentes.
Ce problème n’est pas nouveau. Malgré les correctifs et mises à jour occasionnels, les blocages persistent et reviennent régulièrement. Des signalements faisant état de restrictions imposées par Cloudflare remontent à 2015 et se sont poursuivis jusqu’en 2022. Plus récemment, au cours de l’année écoulée, The Register a recensé plusieurs cas de blocages en mars, en juillet 2024, ainsi qu’en janvier de cette année.
Les utilisateurs de navigateurs alternatifs tels que Pale Moon, Falkon et SeaMonkey sont particulièrement affectés. Les notes de version de Pale Moon indiquent même que des ajustements ont été apportés pour contourner ce problème récurrent, qui se traduit souvent par des boucles infinies ou des plantages. Même Firefox 115 ESR, dernière version compatible avec macOS 10.13 et Windows 7, est concerné, ce qui complique la navigation pour les utilisateurs de ces systèmes. Parmi les sites affectés figurent notamment science.org, steamdb.info, convertapi.com, et, de manière ironique, le forum communautaire de Cloudflare lui-même.
Selon certains témoignages sur Hacker News, d’autres facteurs peuvent également être considérés comme suspects par Cloudflare, comme la simple requête d’une URL sans ID de référence. Ce qui, pour un utilisateur soucieux de sa confidentialité et limitant le suivi en ligne, relève d’une bonne pratique de cybersécurité, est interprété par le fournisseur CDN comme une activité non humaine.
Pour ne rien arranger, Cloudflare réserve son support technique aux clients payants, laissant les utilisateurs bloqués sans solution directe, si ce n’est de signaler leurs problèmes sur les forums communautaires, où les plaintes répétées suggèrent un manque d’attention de l’entreprise sur ces questions. Nous avons sollicité Cloudflare pour un commentaire et mettrons à jour cet article en cas de réponse.
Cloudflare s’effondre et entraîne une partie du web dans sa chute
Le 21 juin 2022, une panne majeure a entraîné l'effondrement d'une grande partie du web, affectant le trafic dans 19 centres de données Cloudflare. Ces sites, qui gèrent une part significative du trafic mondial, ont été impactés par un changement de configuration dans le cadre d’un projet à long terme visant à renforcer la résilience des infrastructures les plus sollicitées. Malheureusement, cette modification a eu des conséquences imprévues, entraînant une interruption massive du service.
L’origine du problème réside dans une modification des politiques d’annonce de préfixes de Cloudflare, ce qui a conduit au retrait accidentel d’un sous-ensemble critique d’adresses IP. Cloudflare repose sur le protocole BGP (Border Gateway Protocol), qui permet aux opérateurs de définir quelles adresses IP sont annoncées ou acceptées par les réseaux partenaires.
Depuis 18 mois, l’entreprise travaille à transformer ses centres de données les plus sollicités en une architecture plus flexible et résiliente. À ce jour, 19 centres de données ont été convertis à cette nouvelle structure, baptisée en interne Multi-Colo PoP (MCP). Parmi les sites concernés figurent Amsterdam, Atlanta, Ashburn, Chicago, Francfort, Londres, Los Angeles, Madrid, Manchester, Miami, Milan, Mumbai, Newark, Osaka, São Paulo, San Jose, Singapour, Sydney et Tokyo.
Détails techniques de l'incident
Dans le cadre de la standardisation de son infrastructure, Cloudflare a déployé un changement visant à uniformiser les communautés BGP attachées à un sous-ensemble de ses préfixes. Ces préfixes jouent un rôle clé dans la communication entre les...
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