Chez Meta, la société de Mark Zuckerberg, le moral est si bas que même son directeur technique reconnaît qu'il est probablement le plus bas de son histoire depuis le scandale Cambridge AnalyticaMeta traverse une crise de moral sans précédent depuis l'affaire Cambridge Analytica. Le climat reste morose et les managers peinent à mobiliser leurs équipes. En cause : des licenciements massifs et des réaffectations forcées vers des tâches d'IA que certains employés jugent dévalorisantes. Parallèlement, la direction impose une surveillance accrue des postes de travail tout en réduisant les rémunérations globales. Ces mesures visent à financer des dépenses massives dans les infrastructures destinées à l'IA au détriment du bien-être humain. Le fossé se creuse entre la réussite financière de Meta et le mécontentement croissant des salariés.
La situation interne chez Meta est actuellement très tendue, marquant la fin de l'époque festive traditionnellement associée aux débuts de l'entreprise. Le directeur technique Andrew Bosworth a récemment avoué lors d'une réunion interne que « l'ambiance au sein de l'entreprise est probablement l'une des pires qu'elle ait jamais connues » depuis vingt ans. Les ambitions du PDG Mark Zuckerberg ont fini par avoir raison du bien-être des employés.
Ce profond malaise est d'autant plus frappant qu'il survient paradoxalement au moment où Meta vient d'enregistrer au premier trimestre 2026 l'un des bilans les plus rentables de son histoire. Meta a annoncé un chiffre d'affaires de 56,3 milliards de dollars, avec des revenus et des bénéfices en croissance fulgurante.
« Le moral n’est peut-être pas au plus bas depuis 20 ans, mais il est sans doute parmi les plus bas », a déclaré Andrew Bosworth. Cette atmosphère lui rappelle les heures sombres du scandale Cambridge Analytica. « Je pense que l’affaire Cambridge Analytica a probablement été la pire », a-t-il ajouté, faisant référence au scandale lié à l’utilisation des données de millions d’utilisateurs de Facebook pour cibler les électeurs lors de l’élection de 2016.
Restructurations, baisses de salaires et surveillance accrue
Le mécontentement des employés s'est accumulé au fil des mois, entre décisions drastiques et vision mal expliquée par la direction. En mai, l'entreprise a supprimé environ 10 % de ses effectifs mondiaux et a réaffecté de force un autre 10 % à un groupe de travail dédié à l'étiquetage de données pour l'IA. Certains employés ont très mal vécu cette transition, l'un d'eux qualifiant même cette nouvelle division de l'IA de « littéralement un goulag ».
En outre, les conditions de travail se sont considérablement dégradées avec une réduction continue de la part en actions dans les augmentations annuelles et une baisse significative de la rémunération totale médiane des employés. Pourtant, ce n’est pas comme si l’argent ne coulait pas à flots.
À cela s'ajoute une politique de surveillance particulièrement stricte mise en place depuis avril. Un logiciel enregistre les frappes au clavier, les clics et prend des captures d'écran régulières sur les ordinateurs des employés américains afin d'entraîner des systèmes d'IA. La rareté des sources de données qualitatives pousse Meta à l'extrême. Face à ces méthodes, les travailleurs ont fait circuler des tracts qualifiant Meta d'usine d'extraction de données.
Un employé de la branche Instagram a résumé le sentiment général en affirmant que « tout le monde est malheureux ; les seules personnes qui ne le sont pas sont, littéralement, les dirigeants ». Les réductions ont décimé la culture technique des équipes d'ingénierie. Le PDG Mark Zuckerberg a également provoqué l'indignation du personnel restant en les encourageant à « s'amuser » lors d'un prochain marathon de programmation consacré à l'IA.
La course à l'IA se fait détriment des travailleurs humains
Après l'illusion du métavers et son effondrement, l'IA générative est devenue le nouveau gouffre financier de Mark Zuckerberg. Pour conquérir l'industrie de l'IA, le milliardaire a mis sur pied une unité de « superintelligence » extrêmement coûteuse appelée « Applied AI ». Cependant, les membres se disent épuisés. Le moral au sein de cette nouvelle équipe de 6 500 personnes créée en avril est aussi bas que dans le reste de la firme de Menlo Park.
Ces coupes budgétaires et ces licenciements massifs ne sont pas dictés par des difficultés financières, mais s'inscrivent dans une stratégie visant à financer les ambitions colossales de Meta dans le domaine de l'IA, alors que l'entreprise a pris un grand retard sur ses concurrents et peine à recruter les meilleurs talents.
L'entreprise prévoit quasiment de doubler ses dépenses pour ses infrastructures technologiques cette année. La direction de Meta justifie ces licenciements par la nécessité d'adopter un modèle opérationnel plus souple afin de compenser cette facture astronomique. Cette réorganisation s'inscrit dans une dynamique plus large au sein de la Silicon Valley, où plusieurs géants suppriment des emplois pour réorienter leurs colossaux budgets vers l'IA.
Cette approche est toutefois critiquée au sein même de l'industrie. Jensen Huang, PDG de Nvidia, a par exemple qualifié de « paresseuse » cette pratique consistant à justifier les licenciements par l'IA. Selon lui, les dirigeants qui l'utilisent manquent simplement d'imagination. Il faut noter que nombre de ces dirigeants font face à une désillusion : alors qu'ils s'attendaient à ce que l'IA réduise les coûts, elle a fini par coûter plus cher que les humains.
La direction tente désespérément de remobiliser les troupes
La direction de Meta a commencé à prendre des mesures pour remonter le moral des troupes. Andrew Bosworth a adressé une note au personnel expliquant que « Meta devait être le meilleur endroit où les meilleurs talents puissent donner le meilleur d’eux-mêmes », et qu’il espérait « raviver le meilleur de la culture » qui avait motivé les employés à rejoindre l’entreprise. Toutefois, les analystes affirment que de simples mots ne suffiront pas.
« Nous devons apporter à nos collaborateurs le soutien nécessaire pour qu’ils puissent agir de la bonne manière sur le long terme, notamment en prenant des risques calculés lorsque la situation l’exige, et pour qu’ils soient reconnus à leur juste valeur », indique la note de service rédigée par Andrew Bosworth.
Selon le message d'Andrew Bosworth, Meta s’engagera à faire preuve de transparence tant au niveau de sa direction que du développement personnel et professionnel de ses employés. Selon Wired, Meta permettra aux personnes réaffectées au groupe de travail sur l’IA de postuler à nouveau à d’autres postes au sein de l’entreprise si elles le souhaitent, et augmente les budgets consacrés aux déplacements, aux événements et aux collations.
Mark Zuckerberg doit éteindre plusieurs incendies à la fois
Outre les problèmes susmentionnés, Meta tente aussi désespérément de contenir une autre crise de relations publiques liée à la surveillance après qu'il a été révélé que Meta a discrètement pris des mesures pour intégrer une technologie de reconnaissance faciale dans ses lunettes connectées. En bref, la direction de Meta a de nombreux incendies à maîtriser afin de renforcer sa productivité alors que la course à l’IA s’intensifie chez les concurrents.
Cependant, compte tenu de la réputation bien établie de leur employeur, de nombreux internautes ont eu du mal à éprouver beaucoup de sympathie pour les employés de l’IA appliquée. Leur argument : les employés de Meta savaient à quoi s’attendre. Certains internautes estiment notamment que ces travailleurs ont délibérément choisi de participer à la construction de cet empire technologique controversé en échange de salaires attractifs.
« Et maintenant, tout à coup, ils sont persécutés parce qu’ils subissent de légers désagréments pendant qu’ils construisent son empire de pacotille ? Laissez-moi rire », a écrit un critique. « Donc ils étaient d’accord pour créer une IA destructrice qui serait imposée à d’autres travailleurs dans d’autres entreprises ou qui leur ferait perdre leur emploi, tant qu’ils trouvaient que le travail était stimulant ? », a souligné un autre utilisateur.
Par ailleurs, certains critiques soulignent le déclin brutal de la culture technique chez Meta, autrefois réputée pour son excellence et son autonomie accordée aux développeurs. La transition forcée vers une stratégie privilégiant l'IA au détriment de la qualité logicielle a provoqué des failles de sécurité majeures et un mécontentement généralisé. Selon les critiques, les ingénieurs délaissent la fiabilité des infrastructures pour le travail de remplissage.
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