La startup Operation Bluebird lance un nouveau réseau social sous le nom de Twitter.now. Elle estime qu'Elon Musk a abandonné cette marque en changeant le nom de son site de réseau social en X. Bien qu'une action en justice lancée par la société X Corp d'Elon Musk soit toujours en cours, l'entreprise a décidé d'ouvrir sa plateforme en s'appuyant sur les remarques préliminaires d'un juge fédéral. Ce projet, dirigé par d'anciens cadres de la version originale, cherche à recréer une place publique numérique sécurisée grâce à un outil de vérification des faits automatisé par l'IA. Les experts juridiques considèrent toutefois ce lancement comme un acte de provocation.Operation Bluebird est une startup technologique basée en Virginie, aux États-Unis. L'entreprise veut récupérer les vestiges de Twitter et relancer l'ancien réseau social enterré par Elon Musk. En décembre 2025, elle a déposé une demande d'enregistrement de la marque « Twitter », pour l'inclure dans un nouveau site de réseau social appelé Twitter.new. Malgré un conflit juridique avec Elon Musk, la startup vient de lancer officiellement Twitter.now.
Les fondateurs d'Operation Bluebird soutiennent qu'après le rachat du réseau social par Elon Musk en 2022 et sa transition rapide vers la marque X, l'identité de marque originelle de Twitter et sa propriété intellectuelle ont été complètement abandonnées, ce qui leur a permis de déposer légalement les marques associées. La nouvelle plateforme Twitter.now de la startup reproduit l'apparence et les fonctionnalités historiques du service d'origine.
Stephen Coates, cofondateur de la startup, a annoncé : « nous avons créé une plateforme sociale qui semblera familière à ceux qui utilisaient l'ancienne version de Twitter, mais qui intègre de nouveaux outils offrant une expérience plus sûre et permettant à l'utilisateur de décider du type de contenu auquel il souhaite s'intéresser ». Un message posté sur la page LinkedIn d'Operation Bluebird suggère aussi que l'entreprise utilisera également l'IA.
Les arguments juridiques et la bataille pour la marque
Le lancement de Twitter.now s'est opéré sans attendre la décision écrite finale de la justice fédérale concernant la demande d'injonction préliminaire déposée par la société X Corporation d'Elon Musk. À en croire cette dernière, déposée devant la cour fédérale du Delaware, la marque Twitter est toujours « bien vivante » et n'est pas mûre pour être cueillie, et la tentative de Bluebird de « voler » le nom constitue une violation de la marque déposée.
« Notre demande d'annulation est fondée sur le droit des marques bien établi et nous pensons que nous obtiendrons gain de cause », a déclaré Michael Peroff, fondateur de Bluebird, dans un communiqué en réponse à la plainte. « Nous sommes prêts à aller aussi loin que nécessaire pour atteindre notre objectif ».
Lors d'une audience en avril 2026, le juge de district Colm Connolly a émis un avis verbal suggérant que X Corp semblait avoir effectivement renoncé aux droits de propriété intellectuelle sur le mot « tweet » et le logo de l'oiseau bleu, et potentiellement sur le terme « Twitter ». Pour Stephen Coates, qui occupe la fonction de directeur juridique de la startup et avait déjà exercé ce rôle dans l'ancien Twitter, ces propos ont servi de véritable feu vert.
Il ajoute : « à notre avis, X a abandonné ses droits sur les marques Twitter et tweet ». La nouvelle entité prend grand soin de se dissocier de la firme d'Elon Musk, affichant clairement sur son site : « Operation Bluebird, Inc. a repris le nom dont X Corp s'est détourné et le reconstruit sur la confiance ». L'avocat spécialisé en marques Josh Gerben a déclaré : « il y a un certain culot à faire cela, et ils vont faire face au combat face à X d'Elon Musk ».
L'IA de fact-checking de Twitter.now : le moteur Vera
La véritable innovation de Twitter.now repose sur son outil de fact-checking automatisé baptisé Vera. Propulsé par le modèle d'IA Gemini, ce moteur d'analyse de la véracité s'exécute en temps réel sur l'ensemble des publications de la plateforme. Pour éprouver l'efficacité du système, le cofondateur Stephen Coates a personnellement publié des affirmations délibérément fausses telles que : « George Washington a été notre deuxième président ».
L'implémentation de Vera répond à la volonté des fondateurs de façonner un espace public numérique basé sur le principe : « liberté d'expression, mais pas liberté de portée ». Ils affirment que ce système de vérification permet de réduit l'amplification algorithmique de la désinformation sur la plateforme.
Stephen Coates insiste sur l'objectif d'offrir une plateforme plus sûre en déclarant : « notre premier objectif est de voir si nous pouvons vraiment ramener une place publique plus sûre et moins nocive. Nous voulons que les gens disent ce qu'ils veulent, mais nous voulons aussi créer une plateforme qui n'est pas financièrement prisonnière de ce contenu viral nuisible ou inexact ». Mais la plateforme doit encore gagner sa battaille contre X Corp.
La fermeture forcée des initiatives Nitter et XCancel
« Twitter est l'une des marques les plus reconnues au monde, et elle appartient à X Corp. En termes simples, un changement de marque ne signifie pas l'abandon des droits sur la marque », indique la plainte de X Corp. Le réseau social d'Elon Musk a également souligné que la nouvelle plateforme Twitter.now d'Operation Bluebird serait source de confusion pour les consommateurs et a demandé des dommages-intérêts d'un montant non précisé.
Operation Bluebird n'est la seule initiative qui se heurte à l'opposition de X Corp. Parallèlement à cet affrontement, X Corp intensifie ses offensives juridiques contre les projets libres visant à contourner ses barrières d'accès. Le service de lecture alternatif Nitter et la plateforme associée XCancel ont tous deux été contraints de suspendre leurs activités après avoir reçu des mises en demeure de cessation et d'abstention de la part des avocats de X.
Les courriers juridiques de X Corp allèguent des violations des règles d'utilisation du réseau social et des activités de scraping de données non autorisées. Face à ces menaces, le site de XCancel a interrompu ses services, tandis que le développeur de Nitter, zedeus, a déclaré : « nitter.net est hors ligne et le développement est arrêté pour le moment. Je cherche des conseils juridiques et je ne ferai pas d'autres commentaires sur les détails pour l'instant ».
Le dépôt de code de Nitter sur GitHub a également été archivé en mode lecture seule. Par le passé, Elon Musk a également mis des bâtons dans les roues des clients tiers de Twitter. En 2023, la plateforme a officiellement interdit les clients tiers dans la mise à jour de ses règles destinées aux développeurs, marquant ainsi la fin de l'aventure pour des clients comme Twitterific qui ont contribué à sa popularité. Cette décision avait suscité un tollé.
L'accès à l'information publique et le paradoxe de X
Nitter offrait aux internautes soucieux de leur vie privée un accès épuré aux publications de X, fonctionnant sans publicités, sans pistage des adresses IP et sans nécessiter de compte utilisateur. Ce service constituait une alternative précieuse depuis que X avait supprimé les comptes invités et restreint la lecture anonyme. La survie du projet est désormais incertaine. Cependant, cette offensive juridique s'inscrit toutefois dans un contexte paradoxal.
L'action stricte de X Corp à l'encontre de Nitter contraste fortement avec l'image de « défenseur absolu de la liberté d'expression » que revendique Elon Musk. Sans ces outils tiers, l'accès aux informations publiées sur X devient désormais beaucoup plus difficile pour le grand public. Pendant ce temps, la société d'Elon Musk collecte et utilise les données publiques de X pour entraîner son grand modèle de langage (LLM) Grok, une pratique décriée.
Faire renaître l'ancien Twitter sera-t-il un succès ?
La plateforme d'Elon Musk fait l'objet de nombreuses controverses. Des organisations ont hésité à faire de la publicité sur X, craignant d'être associées à des contenus déplaisants, tels que des opinions extrémistes, des publications frauduleuses ou des bots pornographiques. Une étude publiée par Kantar en septembre 2024 indiquait que 26 % des spécialistes du marketing interrogés prévoyaient d'abandonner leurs campagnes publicitaires sur X.
Malgré cet état de choses, les nombreuses alternatives lancées par les rivaux d'Elon Musk après la « mort » de Twitter...
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