Google a franchi une étape décisive en supprimant définitivement les extensions basées sur Manifest V2 de Chrome Web Store au profit du nouveau standard Manifest V3. Officiellement, Google a affirmé que ce changement technique vise à renforcer la sécurité, la confidentialité et les performances du navigateur. Cependant, il rend obsolètes des outils populaires comme uBlock Origin. À l'avenir, les utilisateurs ne peuvent plus installer ou mettre à jour ces anciens modules, ce qui affecte l'ensemble de l'écosystème Chromium. Certains navigateurs concurrents comme Brave et Firefox tentent de maintenir le support de certains outils de filtrage historiques.Le 31 août 2026 marque l’exécution de l'étape finale de la transition technique menée par Google. Le leader mondial de la recherche a supprimé de « manière irréversible » toutes les extensions basées sur l’ancienne architecture Manifest V2 de son catalogue officiel. Cette suppression constitue un véritable « point de non-retour ». Désormais, les extensions obsolètes ont été effacées de l'index de recherche et du catalogue de la boutique.
Google explique : « les extensions Manifest V2 installées sur Chrome 138 ou les versions antérieures resteront installées, mais ne pourront plus recevoir de mises à jour et ne pourront pas être réinstallées depuis le Chrome Web Store une fois supprimées de Chrome ». L'impact de ce changement est considérable. L'un des bloqueurs de contenu les plus respectés et efficaces du Web, uBlock Origin, fait partie des extensions définitivement retirées.
Comme Chrome Web Store sert de marché de référence pour la quasi-totalité des navigateurs basés sur Chromium, cette décision impacte de nombreux utilisateurs externes à Google Chrome. Le moteur Chromium est utilisé par Brave, Microsoft Edge... Même si certains de ces navigateurs continuent de prendre en charge techniquement Manifest V2, leurs utilisateurs ne peuvent plus se procurer ces extensions via le catalogue officiel de Google.
Pour contourner cette contrainte, l'équipe du navigateur Brave a pris la décision d'héberger elle-même sur ses propres serveurs quatre extensions Manifest V2 très populaires : AdGuard, uBlock Origin, uMatrix et NoScript, afin de permettre à ses utilisateurs de continuer à les activer facilement.
Les fondements techniques de la transition vers Manifest V3
Google justifie cette transition par une volonté d'offrir « une sécurité, une confidentialité et des performances renforcées, ainsi qu'un contrôle plus strict sur ce que les extensions sont autorisées à faire ». Sous l'ancienne architecture, les extensions bénéficiaient de privilèges très larges qui créaient régulièrement des failles de sécurité et des ralentissements du système. La nouvelle plateforme introduit trois modifications majeures sous le capot :
Pages d’arrière-plan persistantes vs service workers
Manifest V2 permettait aux extensions d’exécuter des processus d’arrière-plan persistants en mémoire 24 h/24 et 7 j/7, même lorsqu’elles n’effectuaient aucune tâche. Manifest V3 les remplace par des service workers d’arrière-plan pilotés par des événements, qui ne se lancent que lorsqu’ils sont déclenchés et s’arrêtent lorsqu’ils sont inactifs, libérant ainsi de la mémoire vive sur les Chromebooks aux ressources mémoire limitées.
Blocage de webRequest vs. declarativeNetRequest
Dans Manifest V2, les bloqueurs de publicités interceptaient chaque paquet réseau à l’aide de l’API webRequest de blocage, inspectant le trafic avant d’autoriser le navigateur à poursuivre. Manifest V3 remplace ce mécanisme par l’API « Declarative Net Request » (DNR). Au lieu d’inspecter vos données, l’extension transmet directement une liste de règles de filtrage au moteur réseau natif C++ de Chromium, qui bloque les publicités au niveau du navigateur avec une latence quasi nulle.
Interdiction du code hébergé à distance
Manifest V2 autorisait les extensions à récupérer et à exécuter du code JavaScript arbitraire provenant de serveurs externes après leur installation. Manifest V3 interdit strictement le code hébergé à distance, exigeant que tout code exécutable soit intégré au sein de l’extension et validé lors de l’examen par le Chrome Web Store.
Conséquences pour les utilisateurs et mesures de transition
Le principal point de discorde tout au long de cette transition a toujours porté sur les bloqueurs de contenu tels que uBlock Origin. Sous Manifest V2, les extensions de blocage de publicités disposaient d’ensembles de règles dynamiques pratiquement illimités et de capacités avancées d’injection de scripts. Dans le cadre du modèle déclaratif de Manifest V3, les développeurs ont dû s’adapter à des quotas stricts de règles statiques et dynamiques.
Alors que les premières versions de Manifest V3 imposaient des restrictions strictes, Google a répondu aux retours des développeurs en augmentant considérablement les limites de règles statiques et en introduisant des API pour la mise à jour dynamique des listes de filtres.
Pour 95 % des activités courantes de navigation Web, de streaming vidéo et d’achats sur mobile, le filtrage déclaratif bloque les publicités de manière propre tout en réduisant sensiblement l’empreinte mémoire du navigateur. Cependant, les utilisateurs avancés qui s’appuient sur un filtrage DOM cosmétique approfondi, l’injection de scriptlets personnalisés ou des listes de filtres personnalisées volumineuses trouveront toujours Manifest V3 plus restrictif que les architectures Manifest V2 héritées.
Google et son combat contre les bloqueurs de publicités
Un manifeste est un fichier JSON qui accompagne une extension et que le navigateur peut lire pour obtenir des informations telles que son nom, son numéro de version, les autorisations dont elle a besoin, etc. Le nouveau Manifest V3 introduit des changements controversés dans les règles pour les extensions. L’un d'entre eux est la suppression de l’API WebRequest, qui permettait aux extensions de modifier les requêtes réseau à la volée.
Cette API est utilisée par les extensions de blocage de publicités qui peuvent créer des listes de sites Web (serveurs publicitaires) à bloquer ou à filtrer. Google veut remplacer cette API par une nouvelle API, declarativeNetRequest, qui permet aux extensions de déclarer un ensemble de règles : des motifs pour faire correspondre les requêtes et des actions à effectuer lorsqu’elles sont correspondantes. Mais cela a des répercussions indésirables.
Le blocage des bloqueurs de publicités n'est pas une initiative directe de Google, mais plutôt un effet secondaire du passage à l'API Manifest V3. (Du moins, c'est la position officielle de la firme de Mountain View.) Selon les déclarations de l'entreprise, cette nouvelle architecture vise à rendre le navigateur plus sûr et plus rapide, et à empêcher les extensions de navigateur malveillantes d'interférer profondément avec le système de l'utilisateur.
Étant donné qu’il y a eu des cas répétés d’extensions représentant une menace sérieuse, on peut comprendre que Google veuille empêcher cela. Le fait que cette transition puisse aussi entraver le fonctionnement des bloqueurs de publicités n’est qu’un bonus dont Google ne devrait pas trop se plaindre. Les développeurs ont la possibilité d’adapter les extensions existantes à Manifest V3 et de les modifier pour qu’elles continuent de fonctionner.
D'autres navigateurs basés sur le moteur Chromium suivront
Les fabricants d'extensions bloquant les publicités et les traqueurs affirment que les restrictions de cette plateforme sont conçues pour aider les annonceurs, et non les utilisateurs. Ils ont dû s'adapter à la nouveauté, mais le résultat net est assez clair : ces produits seront moins efficaces qu'ils ne l'étaient avec Manifest V2. Certains, comme Ghostery, ont simplement adapté leur outil pour contourner les limitations dans la mesure du possible.
D'autres navigateurs basés sur le moteur Chromium adoptent une trajectoire similaire. Microsoft Edge a commencé à désactiver les extensions Manifest V2 dès le mois de février 2026. De son côté, Opera a d'abord conseillé à ses développeurs de migrer vers Manifest V3 pour éviter toute interruption de service.
L'entreprise a ensuite nuancé sa position en affirmant qu'elle maintiendrait la prise en charge de Manifest V2 tant que cela resterait techniquement raisonnable, tout en préparant la transition vers une boutique d'extensions exclusivement dédiée à Manifest V3. À ce jour, seuls les navigateurs Brave et possiblement Vivaldi semblent déterminés à conserver une compatibilité totale avec les extensions Manifest V2 au sein de l'écosystème Chromium.
Les internautes disposent de quelques options. S'ils souhaitent absolument conserver Chrome, ils peuvent installer uBlock Origin Lite, une version spécialement développée pour Manifest V3, même si son efficacité est jugée inférieure à celle de la version originale. Pour ceux qui refusent d'abandonner le bloqueur classique dans sa version intégrale, la solution la plus recommandée est de quitter l'écosystème Chromium pour se tourner vers Firefox.
Mozilla a mis à jour Firefox afin que le navigateur soit compatible avec Manifest V3, mais avec quelques différences par rapport l'approche de Google. L'API WebRequest ne sera pas dépréciée dans Firefox et l'entreprise n'a pas non plus l'intention de supprimer la prise en charge du Manifest V2. Cela signifie que les extensions Manifest V2 continueront à fonctionner normalement et Firefox prendra également en charge les extensions Manifest V3.
Source : Google
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